Méditation 6

L’EUCHARISTIE

Un jour nous visitions dans la prison de Walpole la section des cellules d’isolement : Ruth, l‘aumônière de Walpole et membre de la communauté laïque dominicaine « Our Lady of Merci » de Norfolk, Charly, volontaire, lui aussi membre de cette communauté laïque de Norfolk, Sr. Pia Elisabeth et Sr. Cécile de Béthanie Mont, Sr. Judith et Sr. Sara de Béthanie Venlo. Une expérience accablante : 140 hommes sont enfermés ici dans des cellules individuelles, sur un espace très restreint, presque sans communication vers l’extérieur, exposés aux regards des surveillants qui peuvent les observer à tout moment à travers la fenêtre de la porte qui donne sur la cellule. Quelques hommes souhaitent nous parler, nous prions ensemble et échangeons quelques mots. Trois d’entre eux demandent la communion. Nous ne pouvons entrer dans les cellules. Ruth propose à ces hommes de glisser un papier sous la porte de leur cellule vers l’extérieur. Elle y dépose l’hostie consacrée et glisse attentivement la feuille sous la porte vers le détenu. Il communie, et nous prions. Dieu se fait si incroyablement petit pour arriver chez ce détenu, dont le cœur est grand ouvert à la grâce et à la miséricorde de Dieu. Expérience de Cadillac ! Le Père Lataste vit à Cadillac ce que signifie : Dieu veut venir chez les hommes. Lors de l’adoration devant le Saint Sacrement avec les femmes détenues, il réalise que c’est Dieu, qui dans la vulnérabilité d’une petite hostie, nous attend. C’est Lui s’expose à nous, et non l’inverse ! Il ne s’impose pas, au contraire il se fait entièrement dépendant de la façon dont nous l’accueillons en nous.

Mais, le Père Lataste, ne dit-il pas dans sa prédication que cela dépend tout de même de nous ? Il parle de repentir, de retournement, de conversion, de laisser dernière soi le vieux, le passé, la nécessité de demander le pardon. Je dois – je dois – je dois ! Et s’il n’y a plus de force pour devoir faire quelque chose ? Lisons encore attentivement ! Et pensons aux hommes dans les cellules d’isolement… Il ne s’agit pas de pouvoir présenter ou faire quelque chose. Il ne s’agit ni d’ conversion parfaite, ni d’ une confession parfaite, ni d’être parfait . Il s’agit uniquement d’ouvrir une toute petite fente en nous, dans notre cœur, pour Lui qui désire venir dans notre cœur. C’est cela la conversion, quitter ce qui était, c’est cela que veut dire le Père Lataste ! La seule chose que Dieu nous demande, c’est que nous lui donnions de l’espace, autant qu’une feuille de papier avec une hostie sous la porte de la prison le nécessite. C’est un espace que Dieu voudrait remplir et élargir dans la célébration eucharistique, un espace dans lequel Il voudrait se donner à nous dans sa plénitude – mais petit et effacé. C’est un espace qu’Il voudrait remplir quand nous sommes près de Lui à l’adoration eucharistique ; si nous ne sommes pas là tout simplement pour passer le temps auprès de Lui, si nous nous dispersons avec une lecture pieuse, mais au contraire : accepter qu’il nous supporte. La communion fraternelle se fait dans l’Eucharistie. Une petite fente sous la porte d’une prison ! Pas plus. Mais non plus pas moins non plus.

Suggestions Que signifient pour moi et pour ma vie spirituelle l’Eucharistie – la célébration de la communion – l’adoration eucharistique ? Quel espace Dieu peut-il trouver en moi, pour me remplir de lui-même ? Qu’est-ce qui m’empêche de m’ouvrir à Lui, ne serait-ce qu’une petite fente ? Où est-ce que j’expérimente, où est-ce que nous expérimentons la communion béthanienne dans l’Eucharistie ?

Une Sœur de Béthanie Venlo

« Prêcheur de la miséricorde » pages 136 et suites