« CAUSE DE LEURS CHUTES »

Appelé non seulement à relever ceux qui sont tombés, mais à chercher aussi à prévenir la chute.

La chute peut-elle véritablement être empêchée ? « Quelle est donc l’âme qui n’a jamais eu rien à se reprocher… » Qui pourrait jeter la première pierre ? « et, parmi celles qui sont toujours restées pures, quelle est celle qui à un moment donné n’a pas senti que si la main de Dieu ne l’avait fermement soutenue, elle était tout près de faillir, à deux doigts de sa perte. « Que celui qui est debout prenne garde de ne pas tomber dit l’apôtre S. Paul » et S. Jean ajoute »Si quelqu’un se dit sans péché, il est un menteur et il s’en impose à lui-même. »1) Alors qu’est-ce qui peut éventuellement empêcher la chute ?

Quand un enfant apprend à marcher, son regard est moins orienté vers le pas suivant que sur le but à atteindre. Il écoute les appels encourageants, ses yeux se fixent sur le visage aimé et familier et vers les bras tendus qui lui font face. Garder devant les yeux le but à atteindre, c’est aussi St. Paul qui nous le conseille. Nous le pouvons uniquement grâce à la révélation de Dieu qui nous a donné cette faveur par son incarnation. Tandis qu’au temps de l’Ancien Testament l’homme ordinaire ne pouvait voir Dieu et cachait son visage devant la présence de Dieu par crainte de perdre la vie, Dieu nous a montré sa Face en Jésus Christ. Nous pouvons, nous devons Le regarder. Reconnaître sa Face dans le tendre visage de l’enfant, dans le beau visage de la jeunesse, dans le visage ridé de l’homme âgé, dans le visage tordu du frère souffrant, dans le visage souriant ou plein de larmes de la sœur, ou méditer le Christ dans la contemplation amoureuse de sa présence dans l’Eucharistie. Ne craignons donc pas de Le regarder avec un désir ardent, Lui dont le visage meurtri nous redonne la considération tant désirée de nous-mêmes. Oui, je voudrais et j’ai besoin que Dieu me voie, qu’il voie tout ce qui n’est pas visible dans ma vie, ce qui a disparu du regard : mon effort, mon travail, mon amour, ma blessure, mon angoisse, ma souffrance, ma croix, mon impuissance, mon….

Si tu vois tout cela, mon Dieu, je n’ai plus besoin de chercher désespérément à le mettre devant le regard des autres avec des moyens humains. Par tes yeux pleins de tendresse je deviens libre face au regard que tu m’adresses, un regard plein de confiance, devenant de plus en plus mon Vis-à-vis. Je ne tombe plus, je ne m’écroule plus sous l’effort pour me procurer l’estime des autres. Donc, ne nous cachons pas devant la Face de Dieu parce que nous sommes nus. Nous n’avons pas à cacher notre nudité et notre visage. Laissons Dieu lire en nous, car Il aime nous regarder. Il me regarde avec les yeux aimants du Christ, qui me regarde, moi, tout personnellement,

qui m’appelle, me sauve, me guérit, me réconcilie, m’envoie, me soutient, me porte ou me relève.

Alors j’aime prier les versets de l’hymne des Laudes du Dimanche dans le bréviaire allemand : « Seigneur, quand nous tombons, tourne-toi vers nous et guéris-nous par ton regard. Ton regard efface les péchés et nos fautes se transforment en larmes. »

Accueillir ce regard et y répondre crée une relation qui permet de poser sur notre prochain ce regard extraordinaire, cette estime de l’autre. Cela permet de regarder spécialement ceux et celles qui sont hors de l’estime des autres, ceux qui se cachent, qui ne sont plus perceptibles. S’ils pouvaient goûter notre regard et ainsi être fortifiés, l’une ou l’autre chute pourrait être évitée. Combien un regard bienveillant ou un sourire encourageant peuvent faire changer le quotidien.

Questions de méditation :

-  Puis-je me montrer à Dieu tel que je suis actuellement, ou qu’est-ce que je préfèrerais cacher jusqu’à ce qu’il y ait un changement ? Est-ce que j’aime me faire regarder par Dieu, est-ce que je prends suffisamment de temps pour Le rencontrer ?

-  Quelle sœur, quel frère, j’évite, à quoi lui suis-je confronté ? Est-ce que je présente cela à Dieu ? Ces derniers temps, quelle personne de mon entourage ai-je évité de regarder ? Qui aurait besoin de mon regard ?

-  Comment je me vois moi-même ? Quand ai-je été touché par mon propre regard bienveillant ? Suis-je capable d’accueillir le regard amical des autres ?

Une sœur de Béthanie Venlo.

« Prêcheur de la miséricorde » JM Gueullette o.p. éd. cerf/Fates, page 147/148