Méditation 2 Premier sermon du Père Lataste aux détenues de Cadillac

LA JOIE DE LA VIE AVEC DIEU

« Ils ont vu, les humbles, ils jubilent ; chercheurs de Dieu, que vive votre cœur ! » Ps 69,33

Dès le début de la retraite à Cadillac, le Père Lataste va mettre « ses chères sœurs » en présence du DIEU-AMOUR. « Dieu ne vous a amenées ici.... que parce qu’Il vous aime. »1) Cette primauté de Dieu, le Père Lataste l’a perçu et vécu dès le début de sa vie religieuse, il en fait part à un ami : « frère, viens ici, ici est la vie véritable, ici est la joie, le bonheur, ici l’amour, non l’amour qui passe, mais l’amour qui dure. » 2)

Le Père Lataste entre dans ce dessein de l’amour de Dieu, et à ces femmes, il peut leur dire « pauvres âmes, que je vous plains et que je vous aime aussi malgré vos chutes et que je voudrais être la main de Dieu qui va vous aider à vous relever. »3)

Déjà, il leur trace un chemin d’Espérance et de liberté que rien ni personne ne peut leur enlever. Il leur parle de la vie des Carmélites… Trappistines… Dominicaines… « et qui les rend heureuses ainsi au milieu de tant de privations, et au sein d’une vie aussi rude ; une seule chose, l’Amour de Dieu. Aimer Dieu et en être aimé… et cette joie vous pouvez la goûter. »4)

Le Père Lataste leur fait un parallèle entre la vie du monde et la vie avec Jésus « on vous oublie  : Jésus pense à vous » « On vous dédaigne : Jésus vous appelle » « On vous châtie  : Jésus vous tend les bras et vous bénit. » Les femmes reconnaissent, dans ce langage – parfois dur, mais toujours aimant – la voix du Bon Pasteur.

Dès qu’il leur parlait de l’amour de Dieu « elles relevaient la tête comme des fleurs après l’orage....leurs visages s’épanouissaient peu à peu. » Pour modèle, il va leur donner Marie Magdeleine « suivez son exemple » … »Elle se sert pour exprimer au Sauveur son repentir et son amour des mêmes choses qu’elle employait autrefois au péché. ».. »Vous aussi dépensez à l’aimer et à le servir désormais, dépensez … toute la force de votre âge, toute l’activité de votre âme, … tout l’élan et toutes les tendresses de votre cœur. »5)

Le Père Lataste a été bouleversé par tout ce qu’il a vu et entendu et il va dire haut et fort « J’ai vu des merveilles, j’ai vu des merveilles » oui, il a vu le travail de la grâce dans les femmes de Cadillac, que l’on appelait « les filles perdues »,et qui étaient mises au ban de la société. Oui, il y a toujours dans l’être humain quel qu’il soit un coin du cœur resté pur, parce que l’homme est créé à l’image de Dieu. C’est à partir de ce coin, si petit soit-il, que le Seigneur va faire jaillir la VIE . Dans le sermon sur l’Eucharistie le Père Lataste dit « …on s’étonne de rencontrer au milieu de ces sombres nuages de tristesse où votre âme est nécessairement enveloppée, d’apercevoir, dis-je, des éclairs d’une joie suave qu’on ne soupçonnait pas ... oui, je ne l’oublierai jamais, je sens le besoin de vous le dire avant de me séparer de vous …. » 6)

A la fin de ce sermon, il fera de nouveau la comparaison entre la vie d’une Dominicaine, et leur propre vie, mais il va plus loin.

C’est là qu’il va leur dire cette phrase éblouissante et vraiment extraordinaire dans ce lieu d’enfermement « Oui, mes enfants, vous êtes dans la bonne voie, continuez. Quel que soit votre passé, ne vous considérez plus comme des prisonnières mais comme des âmes vouées à Dieu, vous aussi, à la suite des âmes religieuses. » 7)

Oui, il leur propose de choisir librement, par amour pour Dieu, les conditions de vie terrible qui leur étaient imposées, à l’image des moniales, ce qui n’était pas résignation passive, mais choix d’une libre réponse à une vocation comme un acte d’amour .

Aussi obscur que soit notre passé- ou notre présent – Dieu vient nous rejoindre au plus profond de notre être. Il s’agit de répondre à un Amour, et d’aimer, non seulement avec nos forces, mais aussi et surtout avec toute notre faiblesse. Oui, notre faiblesse peut être le lieu de découverte et de rencontre de la tendresse de Dieu.

Là est la vraie joie que « nul n’enlèvera » Jn 16,22.

1) Quelle est la conviction profonde qui a pu donner au Père Lataste la certitude de croire en la possibilité d’une vie religieuse, pour ces femmes mises au ban de la société ?

2) Quel a été l’élément moteur pour les remettre debout en face de leur responsabilité et de leur choix ?

Deux sœurs de Béthanie Montferrand

1) « Prêcheur de la miséricorde » , JM.Gueullette o.p. édition cerf/Fates page 68 2) Lettre du P.Lataste à son ami L.Leyer, cité par Mercier, p. 66 3) « Prêcheur de la miséricorde », JM Gueullette o.p. édition cerf/Fates page 73 4) «  page 75 5) «  page 128/129 6) «  page 149 7) « page 151