Méditation 1 Premier sermon du Père Lataste aux détenues de Cadillac

« Mes chères Sœurs »

Devant un public inconnu et peu habitué à vivre trois jours de recueillement spirituel, le jeune prédicateur Jean Joseph Lataste, influencé par les préjugés de son entourage, se sent le cœur serré et le moral en berne : « que pourra-t-il sortir de bon d’un tel auditoire ? »

Comment ne pas penser à la question de Nathanaël : « que peut-il sortir de bon de Nazareth ? »(Jean 1,46).

Mais au fil des rencontres avec les femmes de Cadillac, une autre question vient brûler son cœur : « que vont-elles devenir en sortant d‘ici ? » Le père Lataste se montre ici un véritable disciple de Dominique criant et pleurant au long des nuits : « mon Dieu, ma miséricorde, que vont devenir les pécheurs ? » Entre ces deux questionnements jaillit comme d’une source puissante le célèbre : « mes chères sœurs ». Frère Jean-Joseph devient à ce moment-là le frère de toute l’humanité, d’une humanité pécheresse et sauvée par amour : Il se reconnaît frère de ces femmes méprisées, rendues à leur dignité par l’amour sauveur du Seigneur.

En repensant à sa propre histoire, il se sent pleinement frère de ces femmes ! La qualité de leur pardon envers ceux qui les ont entraînées dans le malheur, leur humilité pour reconnaître leurs fautes, les rend plus ouvertes à l’amour de Dieu qu’elles ne l’étaient avant leur chute.

Notre bienheureux père Lataste prend conscience que nous sommes tous frères et sœurs en Adam, tous créés et façonnés de la même terre, de la même chair.

Mieux encore, sa méditation priante l’entraîne plus loin : nous sommes tous frères et sœurs en Jésus Christ, tous sauvés du même sang, tous rachetés au même prix inestimable qu’est la chair de Dieu, notre Père à tous.

Béthanie est né de l’aboutissement de ce cheminement spirituel et révolutionnaire jailli de l’adoration et de la méditation du bienheureux père Jean Joseph.

Nous sommes sœurs, en vérité, totalement, éternellement, amoureusement sœurs, à la vie à la mort. Qu’importe le passé des unes et des autres ? Le présent est notre école de confiance mutuelle, de communion fraternelle, d’amour en esprit et en vérité. A la seconde retraite, « mes chères sœurs » devient « mes chères enfants » 2). Le frère en humanité devient le père miséricordieux, dont la tendresse a rendu la joie de l’espérance là où ne régnait que le désespoir nu et dur. Cette paternité spirituelle nous conduit à devenir mères en esprit et en vérité, mères spirituelles pour tous les blessés d’amour, connus ou inconnus, proches ou lointains. Jésus nous rappelle que le prochain est celui qui se fait proche, c’est pourquoi une maternité spirituelle béthanienne, fruit de notre fraternité de grâce, peut atteindre tous les enfants de Dieu, de tous continents, de toutes religions, de toutes opinions.

Une Soeur de Béthanie Montferrand

Questions pour la méditation :

-  Est-ce que je me sens en profondeur et en vérité frère, sœur de ceux et celles dont je préfèrerais me tenir à distance ?

-  Est-ce que je vibre de tendresse pour ceux et celles qui viennent à moi ?

-  Est-ce que je vois mon frère, ma sœur, comme celui ou celle que le Seigneur confie à mon amour, me souvenant de la phrase du bienheureux Jean-Joseph : « c’est en les aimant que vous les sauverez » ?

1) « Prêcheur de la miséricorde » JM. Gueullette o.p., éd. Cerf/Fates, , page 67 et 70

2) " Prêcheurs de la miséricorde" «  page 186