Frères et sœurs,

Accueillir, pardonner et espérer. C’est le chemin qui nous est proposé aujourd’hui en cette journée qui nous rassemble autour du Bienheureux Jean-Joseph LATASTE.

Nous nous réjouissons de célébrer la fête du Bienheureux Jean-Joseph LATASTE. Sa vie nous édifie : il a été bouleversé par la rencontre des prisonnières de son village natal à Cadillac sur Garonne. Cet homme s’est laissé transformé par la rencontre de ces femmes dont la vie a été cassée. Tout au long de ces rencontres avec les prisonnières, il a perçu combien le travail de l’Esprit Saint ouvrait à la conversion. La miséricorde de Dieu agit avec puissance là où le mal s’est emparé des personnes.

Il n’a eu de cesse que d’aller jusqu’au bout de sa vocation pour que la vie religieuse soit ouverte à tous. C’est l’œuvre de Béthanie. Apôtre de la miséricorde, Jean-Joseph LATASTE ouvre la porte d’une nouvelle vie à ces femmes transformées par l’amour de Dieu.

Frères et sœurs, comment ne pas unir l’œuvre du Bienheureux Jean-Joseph à l’annonce par le Pape François d’un Jubilé Extraordinaire de la Miséricorde. Il souhaite que cette année sainte soit « pour tous les croyants un véritable moment de rencontre avec la miséricorde de Dieu… Que le Jubilé soit une expérience vivante de la proximité du Père, permettant presque de toucher du doigt sa tendresse, afin que la foi de chaque croyant se renforce et que le témoignage devienne toujours plus efficace. » A mon vénéré frère Mgr. Rino Fisichella président du Conseil Pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation.

La Parole de Dieu que nous avons entendu nous parle des rencontres d’amour. Dans la lettre aux Romains, l’apôtre Paul met au cœur des liens qui unissent Dieu et les hommes l’amour : « Quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour. » Dieu est amour et c’est l’amour qui nous lie à Dieu. Laissons-nous aimer par Dieu. Il n’est pas un juge qui vient condamner ses enfants mais un Père qui pardonne et délivre de la culpabilité qui ronge l’homme et le fait désespérer. Seul Dieu sait ouvrir un horizon d’espérance infinie pour l’homme. Les hommes jugent leur semblable et Dieu vient racheter et sauver ce qui était perdu.

L’évangile de Jean est un magnifique passage d’amour. Marie-Madeleine pleure. Elle a perdu celui qu’elle aime ; elle a perdu son sauveur ; elle a perdu celui qui a donné un nouveau sens à sa vie ; elle a perdu celui qui l’a relevé de l’enfermement. Elle est venue rendre un dernier hommage à celui qui est enfermé dans le tombeau de la mort.

Les anges qui adressent la parole à Marie-Madeleine sont le signe que la mort n’est plus présente dans le tombeau. Le tombeau est désormais « habité par la présence de Dieu, placé sous son autorité. » Par leur question, ils invitent Marie à s’interroger sur son chagrin. Marie ne peut sortir d’elle-même et de son chagrin. « On enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l’a déposé. »

Vient alors le temps de la « conversion ». En tournant le dos au tombeau, espace de la mort, Marie aperçoit Jésus présent dans l’espace de la vie. Pourtant elle demeure dans le questionnement sur ce qu’elle prend comme un enlèvement. Mais Jésus est aussi devenu autre. Ce sont les yeux de la foi et du cœur qui permettront de rencontrer Jésus ressuscité.

Quand Jésus l’appelle par son prénom, elle va sortir d’elle même alors que Jésus la fait revivre à elle-même. Elle va répondre en reprenant le terme de Rabbi, celui qu’elle utilisait lors de la vie terrestre de Jésus. Le chemin de la reconnaissance du ressuscité est un long chemin qu’elle accompli pas à pas. Marie devra faire le deuil du Jésus de Nazareth pour reconnaître que le Christ vit dans l’intimité du Père : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »

Marie devient messagère des paroles de Jésus.

Frères et sœurs, laissons-nous transformer par l’amour de Dieu. C’est bien l’amour qui fait vivre et qui nous envoie en témoigner.

Qu’à la lumière de la vie du Bienheureux Jean-Joseph LATASTE nous soyons nous-aussi des porteurs de la miséricorde d’un Dieu d’amour et de pardon.

+ Jean-Luc BOUILLERET Archevêque de Besançon