La communauté de Béthanie en prison à Norfolk

En juin 2011 la revue « La vie catholique » a publié un article avec le titre « Ils ont trouvé Dieu au fond du cachot ». Il s’agit d’une communauté de Béthanie à l’intérieur d’une prison à Norfolk, Massachussetts aux USA. J’ai eu la chance de pouvoir visiter cette communauté en prison et d’y rencontrer des détenus qui sont devenus mes frères, tous avec de longues peines, quelques-uns jusqu’à leur mort.

La fondatrice de cette communauté est une femme américaine, Ruth Raichle, qui a fait tout d’abord une formation à la vie religieuse et au charisme du Père Lataste parmi nous à Béthanie en France. Après son retour aux USA, elle a été envoyée par son Evêque de Boston comme aumônière de la prison de Norfolk où elle a su apporter et rayonner le message de miséricorde et d’espérance. Petit à petit, un groupe de détenus s’est crée pour approfondir la Foi chrétienne, pour prier ensemble et pour vivre une fraternité à l’intérieur de cette prison. A ce groupe se sont joint des personnes laïques de l’extérieur de la prison, qui ont reçu par la direction le statut de visiteurs ou visiteuses bénévoles. En 1999 le Maître de l’Ordre, le Frère Timothy Radcliff, a accueilli cette nouvelle communauté de Béthanie au Tiers-Ordre Dominicain.

Lors de mon séjour avec Sr. Sara, la prieure générale de Béthanie Venlo, en 2010, il y avait déjà une trentaine d’hommes qui s’étaient engagés dans ce groupe, plusieurs par des vœux au Tiers-Ordre Dominicain, jusqu’à la mort et d’autres qui se trouvaient encore en formation. Ils suivent le parcours de formation comme dans chaque vie religieuse : temps de préparation, noviciat, engagement temporaire et puis vœux perpétuels. La direction de la prison a mis à leur disposition une chapelle où ils se réunissent régulièrement pour prier ou chanter ensemble la liturgie de l’Eglise, ils se retrouvent pour échanger sur la Parole de Dieu et pour vivre des moments de fraternité. Ils sont accompagnés par des Frères Dominicains qui leur donnent des enseignements nécessaires.

Ruth, leur aumônière a écrit un jour : « Je m’émerveille tous les jours de ce qui se passe ici. Nous sommes vraiment à l’école de l’amour. Nos frères prêchent dans leurs cellules, dans la cour et dans les réfectoires pour faire grandir l’Eglise. Je m’incline devant ce qu’ils font. »

Et moi-même, j’ai été très impressionnée de ce que ces hommes nous ont partagé, p.ex. leurs sentiments d’abaissement et d’humiliation qui sont liés à l’incarcération, mais combien ils ont trouvé dans cette communauté un accueil tel qu’ils sont, sans jugement, sans discrimination, comme un frère digne d’être aimé. L’un d’entre eux me disait : « je réalise maintenant ce que c’est : être frère et avoir des frères. » D’autre nous ont parlé de leur lutte pour pardonner et se pardonner à soi-même. C’est dans la prière, dans la communion fraternelle qu’ils vivent entre eux, qu’ils arrivent à trouver force et liberté qu’ils ne connaissaient pas avant.

Un de ces frères m’a écrit récemment : « Pour nous, les prisonniers catholiques de Norfolk, l’existence de notre communauté de Béthanie n’est rien d’autre qu’un miracle. Comme le Père Lataste exerçait son ministère auprès des femmes de la prison de Cadillac en 1864, son esprit a provoqué et encouragé les hommes et les femmes de Béthanie Norfolk au respect de soi, à l’accueil de la miséricorde divine, à la joie et la paix en notre Seigneur Jésus-Christ. »

Dimanche prochain, le 7 octobre 2012, ils auront une grande fête : encore 7 de ces Frères prononceront leurs engagement dans le Tiers-Ordre Dominicain, jusqu’à la mort. Avec une grande joie, certainement inspirée par la béatification du Père Lataste, ils nous ont communiqué les noms de ces Frères pour que les sœurs de Béthanie s’unissent à cette joie et à leur prière.

Depuis un certain temps, Ruth, la fondatrice, visite aussi d’autres prisons. Récemment, elle a prêché une retraite avec des textes du Père Lataste dans la prison d’hommes de Walpole. Elle m’écrivait : « J’y ai fait l’expérience de Cadillac, et comme le Père Lataste, moi aussi j’ai vu des merveilles, oui j’ai vu des merveilles. »

Et pour terminer cette courte présentation je vous lis encore un témoignage de Wayne, 58 ans, qui a été condamné à la prison à vie. Il y a encore quelques années, il priait pour en sortir. Aujourd’hui, 31 ans après son arrivée en prison de Norfolk, il prie pour le salut du monde. « Ma vie avait tellement mal démarré, raconte il. J’ai fait des choses terribles. J’ai été envoyé en prison. C’est douloureux. On vit constamment avec des règles et des restrictions. On vit avec le poids de ses actes. Et puis, j’ai rencontré Dieu. Petit à petit, l’amour a remplacé la douleur. J’ai réalisé que ma vraie prison était celle dans laquelle j’avais enfermé mon cœur. J’ai changé. Aujourd’hui, j’ai beau être derrière des barreaux, je suis libre et heureux. » Ce Frère Wyne a écrit en Février 2010 au Saint Père avec de nombreuses signatures de des frères, pour demander la béatification du Père Lataste comme apôtre des prisons. Il osait dire : « C’est nous le plus grand miracle du Père Lataste »

Nous ne pouvons que rendre grâce pour ces merveilles qui se font encore aujourd’hui.